Rubrique : Boulevard Voltaire

janvier 23rd, 2017 par La rédaction

Au cœur du débat qui agite la sphère médiatique depuis ce week-end : les photos et les estimations de la foule rassemblée pour l’investiture du quarante-cinquième président. Il y aurait eu moins de monde que pour celle de Barack Obama, plausible et pas plus étonnant que ça. Il n’empêche que les clichés incriminés nous montrent, selon les sources, la pelouse du National Mail, bondée de monde, aussi dépeuplée que le cerveau d’un rappeur, ou alors dans l’entre-deux.

Mais, aux USA, il n’existe pas comme chez nous, l’équivalent d’une Préfecture de police chargée de comptabiliser les manifestants, que ce soit au doigt mouillé ou sous les injonctions plus ou moins fermes du pouvoir en place.

Et c’est là que le bulldozer Trump entre en marche. Kellyanne Conway, l’une de ses proches conseillères, affirme donc sur NBC : « Vous pouvez vous moquer autant que vous voulez, je pense que cela symbolise la façon dont nous sommes traités par la presse ! » Dans le même temps, la Maison blanche assène son message : « Nous suivrons deux règles simples, acheter américain et embaucher américain… » C’est proféré de manière abrupte, mais ça veut dire ce que cela veut dire. Et s’il n’y a pas de flou, c’est qu’il n’y a pas de loup, comme aurait pu ajouter Martine Aubry, celle qui murmure à l’oreille des éléphants du Parti socialiste.

Après, les images, leurs cadrages, le choix de tel ou tel cliché, tout cela fait aussi partie de l’inévitable viatique de la propagande, d’où qu’elle vienne.

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janvier 19th, 2017 par La rédaction

« D’abord, ils vous ignorent. Ensuite, ils vous ridiculisent. Après, ils vous attaquent et veulent vous brûler. Et enfin, vous gagnez« . Attribué au faux sage Gandhi, cet aphorisme fut en fait prononcé par le syndicaliste étasunien Nicholas Klein en 1918. Il illustre à merveille l’évolution de l’attitude des bien-pensants face à une idée ou une personne qui leur apparaît comme révolutionnaire.

L’ascension fulgurante de Donald J. Trump, malgré les moqueries et les coups bas des élites, en est un exemple probant.

L’annonce de sa candidature le 16 juin 2015 ne fut évoquée que dans la rubrique « Humour » de certains magazines. Le milliardaire était alors crédité d’à peine 2 % des voix dans les sondages les plus optimistes. Lorsque ce score est passé à 17 puis à 25 % au cours des mois suivants, les experts n’ont pas pris la chose au sérieux : dès le début de la primaire, l’oligarque bouffi se dégonflerait comme un ballon de baudruche.

On espéra alors qu’il mordrait la poussière face à Hillary, surtout, après ses propos sexistes révélés quelques semaines avant l’élection. Le septuagénaire à la perruque était enterré, disait-on. Malgré son efficacité lors du dernier débat, on pensa qu’il serait battu par celle qui, femme de président et ancienne Secrétaire d’État, se présentait en politicienne professionnelle face à cet amateur venu de la téléréalité.

Mais, coup de tonnerre, Donald J. Trump avait obtenu la majorité des Électeurs pour devenir le 45ème Président des États-Unis d’Amérique. Il avait gagné! L’Amérique profonde, celle des rednecks et du lumpenprolétariat avait gagné ! Mis devant le fait accompli, les élites se réfugièrent dans la rêverie, espérant que les Grands Électeurs feraient défaut lors de l’élection proprement dite.

Que nenni! Le 19 décembre 2016, Donald Trump fut officiellement élu Président par le collège électoral, l’intégralité de ses 304 délégués ayant suivi le vote populaire. Aujourd’hui, il s’apprête à entrer en fonction après avoir juré sur la Bible de servir fidèlement l’Amérique et les 300 millions d’âmes qui y vivent.

« D’abord ils vous ignorent ; puis, ils se moquent de vous ; ensuite, ils vous combattent ; et enfin, vous gagnez ». Voilà un aphorisme plein de sagesse. Nous, patriotes français, sommes déjà à l’avant-dernière phase, sans doute la plus dure.

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janvier 16th, 2017 par La rédaction

Le président des Etats-Unis a ainsi choisi de se confier au très vénérable Times et au très populaire Bild pour s’adresser aux citoyens de deux pays, le Royaume Uni et l’Allemagne, pour lesquels il avoue éprouver une affection particulière.

Donald Trump, en « grand fan » des Britanniques et détenteur d’un golf dans le pays de sa Gracieuse Majesté, s’enthousiasme pour le Brexit, « un succès » qui incitera d’autres pays, selon lui, à faire de même. Il rencontrera prochainement, et prioritairement, Theresa May afin « de conclure un accord commercial avec le Royaume-Uni, rapidement et dans les règles ».

Il se montre, en revanche, plus circonspect à l’égard d’Angela Merkel, pour laquelle il a néanmoins « beaucoup de respect », dans la gestion de la crise des réfugiés qui aurait, selon lui, été une « erreur catastrophique ». Né d’un père venu d’Allemagne, le président des Etats-Unis « ne veut pas que des gens de Syrie viennent s’installer » dans le pays de l’Oncle Sam. Il aurait, pour sa part, forcé la main aux pays du Golfe, « parce qu’après tout, ils ont plus d’argent que quiconque ».

Donald Trump s’est, par ailleurs, lancé dans un vaste plaidoyer pour le protectionnisme et trouve anormal que les rues de New York soient submergées de Mercedes « alors qu’il y a très peu de Chevrolet en Allemagne ». Il torpille ainsi le libre-échange lorsque celui-ci n’est pas réciproque.

L’homme à la mèche rebelle condamne également les mesures de rétorsion prises à l’égard de la Russie et juge que l’OTAN est une institution « obsolète » qui n’a « pas su s’adapter aux nouvelles menaces » planant sur le monde, tout en reprochant à de nombreux pays membres de l’organisation de « ne pas payer correctement ce qu’ils doivent régler ».

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janvier 12th, 2017 par La rédaction

Ford, pris à partie depuis des mois par Donald Trump, a renoncé à son projet de nouvelle usine mexicaine de 1,6 milliard de dollars pour investir dans le Michigan. Les libre-échangistes viennent de subir leur première défaite et le nouveau président américain vient de marquer son premier point.

C’est vrai, le libre-échange intégral n’est pas forcément intelligent. Ainsi, Maurice Allais qui, avant de décrocher son prix Nobel d’économie, avait été major de l’École polytechnique, faisait l’analyse suivante.

Pour lui, la crise actuelle avait deux origines : le libre-échangisme et l’organisation financière internationale. « Parmi les multiples vérités qui ne sont pas abordées se trouve le fondement réel de l’actuelle crise : l’organisation du commerce mondial, qu’il faut réformer profondément, et prioritairement à l’autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire. »

Notre prix Nobel d’économie nous avait averti : « Si aucune limite n’est posée, ce qui va arriver peut d’ores et déjà être annoncé aux Français : une augmentation de la destruction d’emplois, une croissance dramatique du chômage non seulement dans l’industrie, mais tout autant dans l’agriculture et les services. »

Aucune limite n’a été posée ni au libre-échange ni à l’endettement. Nous voyons les résultats. La part de notre industrie qui représentait 24 % du PIB, il y a trente ans, est aujourd’hui inférieure à 11 %. Le chômage réel est supérieur à 7 millions de personnes. Le commerce extérieur est lourdement déficitaire. Et notre dette dépasse les 2.170 milliards d’euros.

Que n’a-t-on écouté notre prix Nobel ?

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janvier 6th, 2017 par La rédaction

La vérité est que Donald Trump a fait un diagnostic de la situation politique et économique des États-Unis que personne n’avait osé faire auparavant, un diagnostic non pas de théoricien mais d’observateur pragmatique du terrain dont, certes, on ne saura que plus tard s’il était le bon ou pas, mais qui tient parfaitement la route. Pour Trump, les causes de la crise économique sont structurelles.

En fait, Donald Trump met tout sur le dos du libre-échange et des délocalisations, avec comme tête de Turc la Chine. Selon lui, tous les stigmates de la crise remontent à une seule et même source : la concurrence des pays en voie de développement qui a dévasté le tissu industriel américain. Vu d’Europe, et notamment avec le regard d’un militant souverainiste, ce diagnostic peut sembler banal, mais aux États-Unis, affirmé avec une telle franchise, c’est inédit, comme il est inédit d’affirmer que le libre-échange est non seulement la cause, mais la seule et unique cause de la crise.

Le rapprochement avec la Russie – confié non pas à un politique mais à un industriel, c’est tout dire – et le refroidissement des relations avec Pékin sont parfaitement cohérents avec une politique de recentrage économique sur le sol américain. Face à la Chine, qui a beaucoup à perdre sur le plan économique, les États-Unis doivent se préparer à une confrontation diplomatique serrée. A contrario, la Russie, loin d’être un concurrent industriel, offre toutes les synergies qui fondent un partenariat fécond pour l’avenir.

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décembre 18th, 2016 par La rédaction

En désignant Friedman, Trump a choisi la Ville Sainte de trois religions comme siège de la future ambassade américaine, point final. Trump ne fait pas dans la dentelle.

Mais il est fidèle à son intuition : celle du retour aux nations et empires. La fin des « machins » internationaux parasitaires ou incompétents. « Combien de divisions? », demandait Staline…

Avec Trump (si ce dernier est élu ce 19 décembre), il faudra s’attendre à une relecture des cartes du monde : les actions de la Russie remonteront, comme celles du Japon ou de la Turquie. Celles de la Chine ou de la Perse oscilleront selon l’accouchement de leurs crises internes, cependant que celles du royaume de Saoud s’effondreront, tout comme celles des deux malades du monde : l’Europe et l’Afrique, nombrilistes, prisonnières de leur dialectique du maître et de l’esclave. Sauf sursaut de l’une, de l’autre, ou des deux…

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décembre 13th, 2016 par La rédaction

C’est fait. Trump a choisi pour futur secrétaire d’État le prince mondial des énergies fossiles, Rex Tillerson, le PDG d’ExxonMobil. Le futur président marque ainsi son territoire, impavide : ce sera la souveraineté ou rien.

En commençant par la relance économique mondiale, et une stratégie énergétique indépendante du terrorisme islamiste. D’où le choix de Rex Tillerson, décoré par Poutine de l’ordre de l’Amitié (Орден Дружбы) en 2012, après un accord majeur de 500 milliards de dollars signé entre les deux en 2011. Un accord stoppé net par les sanctions économiques, Tillerson n’étant pas parvenu, malgré une dizaine de rencontres ou de discussions, à convaincre Obama d’y surseoir. Exxon en paye le prix : un milliard de dollars de coût annuel.

Adieu, la guerre en mer Baltique ! Adieu, la « libération » de Kaliningrad ! Adieu les nouveaux contrats surfacturés.

Ceci explique la récente violence des démocrates, exprimée dans les grands médias, qui n’en reviennent toujours pas d’avoir perdu l’élection avec une aussi mauvaise candidate, furieux de voir l’opinion publique se rallier à Trump et consternés par l’envolée de la Bourse depuis cinq semaines. Rien de tel, en effet, que des baisses d’impôts, des projets d’infrastructure, la déréglementation des PME, une politique de l’énergie qui repose sur un impératif de sécurité nationale, le tout servi par l’affichage d’une équipe gouvernementale composée de self-made-men, de financiers proches de Wall Street (eh oui !) comme de généraux… pour espérer la réorganisation des bureaucraties et le retour à la prospérité.

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décembre 11th, 2016 par La rédaction

D’un côté du rideau de fer intra-américain, Donald Trump n’est pas encore juridiquement élu, le collège électoral devant se réunir et l’élire – en principe – le 19 décembre. Mais il a pratiquement monté son équipe, composée principalement de fidèles, de self-made-men et de militaires, avec quelques ajouts de circonstance en provenance de la caste qu’il exècre : les politiciens. Le message est clair, inquiétant : la réorganisation de la bureaucratie est à l’ordre du jour. Des centaines de milliards d’économies en perspective…. Restent les Affaires étrangères à pourvoir.

Il ne reste que deux moyens pour neutraliser Trump : le ruiner financièrement (en le forçant de vendre ses actifs à perte, afin d’éviter les conflits d’intérêt) ou le révoquer pour intelligence avec une puissance étrangère (dossier en cours de constitution). Certains croient dur comme fer, comme le cinéaste Michael Moore, à un impeachment inéluctable de Trump.

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décembre 5th, 2016 par La rédaction

Depuis le vote du 8 novembre, Trump a d’abord nommé sa garde rapprochée aux postes clés de la Sainte-Trinité politique : la stratégie (Steve Bannon), la sécurité nationale (le lieutenant-général Mike Flynn), la justice (Jeff Sessions). Il a ensuite procédé au recrutement d’une série de technocrates, du public comme du privé, afin de prendre en charge le commerce (renégociation des accords économiques internationaux), la santé (remplacement de l’Obamacare), l’éducation (retour à la compétence des États et subventions directes aux parents), les transports (politique de grands travaux d’infrastructure). Puis il a désigné les patrons de la CIA ainsi que de la mission diplomatique aux Nations unies.

Ensuite, par sa discussion avec la présidente de Taïwan, Trump a ignoré la doctrine du département d’État au sujet d’une île qu’ils avaient oubliée. Alors que les Chinois inventent sans vergogne leurs îles artificielles dans les eaux internationales en vue de contrôler les flux du commerce international. Sans résistance du département d’État… les Chinois savent maintenant que, là, « ça va négocier ».

Cela présage-t-il une nomination surprise au département d’État, par exemple celle de la démocrate Tulsi Gabbard ? Sait-on jamais…

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novembre 24th, 2016 par La rédaction

« Si je suis élu, je ne toucherai pas de salaire », avait promis Donald Trump, lors d’un meeting de campagne en septembre 2015. Il vient de le confirmer lors d’un entretien accordé à la chaîne CBS : puisque la loi l’oblige à percevoir un salaire, il ne touchera qu’un dollar symbolique par mois, sur les 33.000 dollars dévolus au président américain.

Un homme désintéressé. Tel n’est pas l’avis des médias, qui se sont empressés de dénoncer la « démagogie » de cette mesure, à l’instar du journaliste Jean-Baptiste Duval, du Huffington Post, qui met en avant la portée minime d’un tel « sacrifice » sur la dette publique américaine de 19 000 milliards : « À ce rythme, il faudrait que la présidence Trump dure 47,5 millions d’année pour effacer l’ardoise », ironise-t-il. Certes, mais c’est tout de même mieux qu’un Hollande s’apprêtant à toucher 36.000 euros de retraite mensuelle.

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