Rubrique : Paris Match

avril 15th, 2017 par La rédaction

L’attaque chimique d’Assad ouvre une de ces crises qui révèlent un tempérament. Quelques heures après le drame, les images des victimes défigurées par le gaz sarin mélangé au chlore arrivent sur le bureau de Donald Trump. Ce ne sont pas celles qui ont paru dans les journaux, mais d’autres, impubliables, que personne ne verra. Le président, lui, ne doit pas être épargné. C’est la règle quand un massacre a lieu. Et « ce n’est pas forcément le moment le plus facile », nous confie un témoin qui se souvient encore du visage décomposé de François Hollande devant la vidéo de décapitation d’un otage français. A 10 h 30, Trump, sonné, convoque son Conseil de sécurité, dirigé par le général Herbert Raymond McMaster.

Ce mercredi, Trump réunit à nouveau son Conseil de sécurité, à 15 heures, dans la « Situation Room », la « salle de crise » au sous-sol de la Maison-Blanche. Trois options sont sur la table : ne rien faire, répondre de manière mesurée, lancer une riposte de grande ampleur (avec, à la clé, bombardement du palais présidentiel d’Assad à Damas). Steve Bannon, qui préconise la première option, est mis en minorité. H.R. McMaster recommande la deuxième. Il est rejoint par le secrétaire à la Défense James Mattis (un autre général surnommé « Mad Dog ») et par Rex Tillerson, le secrétaire d’Etat que cette crise va révéler au grand public. Ex-P-DG de la compagnie pétrolière Exxon, cet ancien grand patron n’est pas le plus médiatique de la bande… Mais c’est un rouleau compresseur. D’allure massive, cet ultra-discipliné est surnommé « le robot ». Il est aussi un expert de la Russie. Le compte à rebours commence.

A 16 heures, il atterrit à West Palm Beach. C’est là qu’il donne son feu vert pour une riposte « mesurée ». Trois heures quarante plus tard, les premiers missiles Tomahawk décollent depuis deux porte-avions en position dans la région, le « USS Porter » et le « USS Ross ».

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avril 8th, 2017 par La rédaction

Beaucoup de choses vont changer avec cette frappe. C’est le grand retour des Etats-Unis dans l’équation moyen-orientale. Ils étaient déjà présents sur place pour lutter contre Daech depuis août 2014 après le discours de Barack Obama et l’intervention pour sauver la ville de Kobané. Les Américains sont présents au sol avec des forces spéciales, avec des Marines, qui viennent en appui soutien des forces kurdes.

Cette nuit, Trump est devenu un président aux yeux des Américains et c’est ce qui compte le plus pour lui. Avant, on se moquait de lui dans le «Saturday Night Live», toute la presse était vent debout contre lui, mais avec cette frappe, ce mélange d’émotions – le résultat de l’attaque chimique qui a choqué les Américains – et de fermeté, on le découvre comme président, et comme les Américains adorent, en Commander in Chief. C’est aussi une manière de dire : «regardez, Obama était un indécis qui n’est pas allé au bout de ce qu’il devait faire, notamment en août 2013». Même si Trump était contre une intervention à l’époque. Le message est parfait pour l’opinion : punir l’horreur est dans la mentalité américaine. Il remobilise son propre parti : tous, comme McCain ou Graham, sont obligés de reconnaître qu’il n’est pas le fou que l’on décrivait. Même des démocrates ont approuvé les frappes. Même la presse américaine a soutenu son action.

Avec cette frappe, Trump lave le soupçon d’être une créature de Poutine, ce qui avait conduit à la démission de son ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, qui avait eu des contacts avec l’ambassadeur russe avant l’élection. Vladimir Poutine a fermement condamné ses frappes. Les Russes sont attachés à la position de principe du respect du droit international, tant que cela ne les concerne pas, notamment en Crimée.

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